EXPOSITIONS
ÉDITO
Le monde tangue. Il tangue dangereusement. Les gouvernants perdent pied, l’humain glisse hors du centre des décisions, et ses droits sont relégués à la note de bas de page d’un rapport qu’on ne lit plus. On enferme, on efface, on nie. On pense à Cécile Kohler, aujourd’hui libre mais pas totalement, encore retenue à l’étranger — et que nous attendons avec impatience. On pense aux enfants morts pour rien — ce rien qui pèse pourtant si lourd. Aux femmes privées de droits, rayées de l’espace public, confinées dans le silence. Aux hommes envoyés mourir sur les fronts, souvent sans même qu’on leur ait demandé leur avis.
Face à cela, une question revient, insistante, presque indécente :
à quoi sert l’art ?
Au Séchoir, nous persistons à croire que cette question est mal posée. L’art n’est pas utile. Il est indispensable. Indispensable pour contester, pour déplacer le regard, pour proposer d’autres points de vue là où le discours dominant impose des angles morts. Indispensable aussi — et peut-être surtout — pour s’échapper. Non pas fuir, mais respirer. Offrir, ne serait-ce qu’une minute par jour, une minute de poésie. Cette minute n’est pas un luxe : elle est une condition de survie.
Notre programmation ne cherche ni à illustrer l’actualité ni à la commenter frontalement. Elle préfère l’incarner. Ici, un corps dialogue avec la pierre, le rythme et l’improvisation. Là, le textile devient archive sensible des violences économiques, sociales et politiques. Plus loin, des voix féminines réécrivent les mythes, reprennent la parole, réoccupent l’histoire et le plaisir. Ailleurs encore, des enfants observent l’eau, ses traces, ses déplacements, et redessinent le monde à hauteur de regard.
Ce sont des gestes parfois fragiles, souvent discrets, mais obstinés. Des formes qui résistent. Des matières qui se souviennent. Des pratiques qui affirment que créer, aujourd’hui, est déjà un acte politique — même quand cela prend la forme d’un point de couleur, d’un silence, d’un battement, d’un rire ou d’une polyphonie.
Le Séchoir n’est pas un refuge hors du monde.
Il est un lieu dans le monde, pleinement, douloureusement, joyeusement.
Un espace où l’on accepte la complexité, où l’on refuse les réponses simples, où l’on choisit la présence plutôt que l’effacement.
À l’heure où tant de forces s’emploient à déshumaniser, nous continuons, modestement mais résolument, à faire le pari inverse : remettre l’humain, ses corps, ses récits, ses droits et ses imaginaires au centre. Et offrir, encore et toujours, cette minute de poésie quotidienne. Parce qu’elle ne sauve pas le monde. Mais elle empêche qu’il se ferme complètement.
—
Sandrine Stahl,
Présidente du Séchoir
EXPOSITIONS
DE MARS À JUILLET 2026

MARS AVRIL 2026


MAI 2026


Artistes :
BÉRANGER Paul & IMMELÉ Anne
DUBOIS Angeline & HOVADIK Yann
DAVOIGNEAU Jean-Louis & PIVIER-ATTOLINI Régine
FINK Violetta & ROLLIN Dorian
GAMBINO Claudine & MEIER Petra
GUTRON Delphine & Vincent M.
HENNINGER Frédéric & SHIRAISHI Mitsuo
HERZOG Sylvie & DECK Sylvain
HERRMANN Jacques & TASTÉ Jeanne
HOFFERT Charlène & TROIS RADIS
LIENHARD Aurélie & RIMELEN Christian
MUGNIER Sabine & ACKERER Michèle
REDKOMA Amandine & BACCARA Hervé
STAHL Sandrine & MASSON Carolle
MATTALABASS & MAÏO André
CHENI & RADECKA Anna

JUIN JUILLET 2026
Du 7 au 5 juillet 2026




Invité du Runspace : Mathieu Bouillot
Vernissage dimanche 7 juin à 10h
Mathieu BOUILLOD est né en 1984 dans le Haut-Jura, à Saint-Claude, petite ville au passé industriel et au présent torturé. Il a grandi au pied des montagnes, arpentant en skate le lotissement de son enfance et ses allées bétonnées. En découvrant l’univers du skate et son esthétique, il s’essaye à la photographie argentique, à une époque où le numérique commence tout juste à se démocratiser.
Mathieu pratique la photographie à la manière d’un exercice pour le regard, le sien se pose autour de lui et compose ou recadre son quotidien. Le boîtier l’accompagne en permanence, c’est cette présence qui transforme une banale promenade en exploration. Mathieu a ce petit truc pour révéler des scènes où l’humain a laissé sa trace. Par son œil, des théâtres éphémères apparaissent, mis en lumière et en relief par des couleurs, des textures, des objets. (Violette Bras)
